La présentation vidéo de Sylvain Péterlongo produite par l'AFIS offre une analyse décapante des thérapies manuelles sous l'angle de la science. Bien que son argumentation soit solidement ancrée dans les données de la littérature médicale (EBM), une lecture critique permet d'identifier certains points faibles ou limites dans sa démonstration, principalement liés à sa posture, à l'interprétation des évolutions de ces pratiques et à certaines affirmations empiriques.
L'un des premiers points de fragilité réside dans la posture de l'orateur. Sylvain Péterlongo est kinésithérapeute conventionné, ce qui signifie qu'il est en concurrence directe avec les ostéopathes et chiropracteurs pour le traitement des troubles musculosquelettiques.
L'engagement militant : Son appartenance active au collectif No FakeMed, connu pour son militantisme contre les pratiques non fondées (médecines douces, homéopathie, etc.), suggère un biais de confirmation. Ici, l'objectif semble autant politique (obtenir le déremboursement ou la disqualification de professions concurrentes) que purement pédagogique. Il reconnaît lui-même un lien d'intérêt avec l'Assurance Maladie, précisant qu'il a tout intérêt à ce que le système soit "généreux" avec lui.
Péterlongo qualifie la mouvance "EBP" (Evidence-Based Practice) au sein de l'ostéopathie de "mirage". Il soutient que les praticiens ne peuvent abandonner leurs fondements vitalistes sans perdre leur identité et que les patients ne consultent pas pour de la kinésithérapie active.
Analyse critique : Cette position relève du sophisme de l'épouvantail. En figeant l'ostéopathie dans son état historique, il ignore les praticiens modernes qui cherchent à s'écarter du mysticisme pour intégrer des données scientifiques. Maintenir l'adversaire dans le champ du "mystique" permet de s'octroyer commodément le monopole de la rationalité.
Pour illustrer les bienfaits du mouvement, Péterlongo affirme que parmi tous les sports, la course à pied est celle qui présente le moins de maux de dos.
L'erreur scientifique : Cette affirmation est factuellement inexacte. Les études épidémiologiques (comme celles de Belavy et al.) montrent que si la course à pied a un effet bénéfique sur l'hydratation des disques intervertébraux, elle n'est pas le sport protégeant le mieux du mal de dos. En réalité, les coureurs se situent dans une position intermédiaire. Les sports à faible impact (natation, cyclisme) ou certaines activités de renforcement modéré présentent souvent des prévalences de lombalgies plus faibles. Présenter la course à pied comme la "panacée" du dos est une simplification qui contredit la rigueur scientifique dont il se réclame.
Pour discréditer les manipulations cervicales, l'orateur cite des cas d'AVC par dissection de l'artère vertébrale. Il reconnaît que leur fréquence est rare (1/10,000 à 1/1,000,000) mais conclut que le risque ne vaut pas le bénéfice.
Analyse de la balance bénéfice-risque : L'analyse est ici incomplète car elle omet le comparatif avec les Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS), prescrits massivement pour les mêmes douleurs. Les complications graves liées aux AINS (hémorragies, risques cardiovasculaires) sont estimées à environ 1 pour 1 000, soit un risque statistiquement bien supérieur à celui d'une manipulation.
La présentation reste très centrée sur la biomécanique et le "gate control". Il accorde peu de place à l'effet placebo complexe et à l'alliance thérapeutique.
Analyse critique : En réduisant l'interaction à de "l'esbroufe", il méconnaît la neurobiologie contextuelle. Le rituel du soin et le toucher déclenchent une cascade neurochimique (endorphines, dopamine). De plus, la manipulation peut réduire la kinésiophobie (peur de bouger), agissant comme un levier pour introduire ensuite l'exercice actif.
En résumé, si la présentation démontre avec justesse l'obsolescence des théories historiques de l'ostéopathie, elle est entachée par une approche corporatiste et des approximations scientifiques sur la relation lombalgie/course à pied, tout en omettant de signaler que les ostéopathes britanniques ont privilégié le retour à la mobilité active des lombalgiques dès les années 1950, bien avant la validation actuelle par les kinésithérapeutes. En négligeant la puissance du cadre thérapeutique et en omettant la comparaison avec les risques médicamenteux réels, Sylvain Péterlongo livre une analyse cliniquement "incomplète" et biaisée. L’engagement militant au sein de No FakeMed semble ici primer sur la nuance scientifique, transformant ce qui pourrait être une leçon de rigueur exigeante en un réquisitoire dont les motivations dépassent le seul cadre de l’évaluation épistémologique..